Ca faisait un bon moment que j’avais pas essayé une Harley, et le passage du Twin Cam 88 (en square inches ca donne 1449 cm3) au 96 (1584 cm3) me donnait une bonne raison d’y retourner. Pis j’avais aussi envie de voir si elles sentaient toujours autant le piston... De retour de cet essai il n’y a aucun souci à avoir, c’est bien le cas. En relisant mon CR de 2005 je retrouve à peu près les même choses : l’évolution est donc légère, comme d’habitude chez Harley.
Le gros (l’unique ?) intérêt d’une Harley, ce sont les sensations "subtiles" de leurs moteur. D’ailleurs niveau sensations "brutes" ce ne sont pas 12,2 mkg à 3300 tr/min pour 330 kg qui impressionnent. Quant à la puissance ils ne la donnent même plus. Non, pour moi le point fort ce sont les palpitations de l’engin. Fixé rigide on les sent vachement bien et on s’en régale. Durant tout l’essai je freinais sans raison en faisant descendre le régime moteur à la limite du ralenti pour réouvrir en grand et avoir droit à du gros senti de piston. M-I-A-M .
Alors, Harley, Apôtre du senti du piston ? Inventeur des Good Vibrations ? Pas forcément. Moto Guzzi est aussi un expert en la matière, ainsi que beaucoup de Ducati et KTM. Par contre on ne les a que sur des V-twins (ni flat, ni en ligne - qui peuvent toutefois donner d’autres sensations sympa) ou des monos. Et tous les moteurs sont loin de se valoir niveau sensations, quel que soient les constructeurs. A croire que peu sont conscients du charme et de l’addiction que peuvent donner de belles et bonnes palpitations.
Par exemple chez Ducati le meilleur (1098 ) cotoie le pire (Hypermotard , bien que ce soit sujet à discussion). Chez KTM, les nouveaux monos KTM sont bien moins démonstratifs que les anciens, et les twins pas archi expressifs. Et si dans leurs cas ça doit s’expliquer par les performances qui priment sur le reste, on n’est pas à l’abri de surprises chez Harley (oui, même eux ! ). J’ai trouvé leur V-rod bien moins expressif que le Twin Cam (mais sympa quand même) et à priori le XR 1200 est d’une fadeur impressionnante... (05/09. Je confirme.)
Tu me diras, les sensations sont personnelles, ok, mais j’en connais beaucoup qui aiment ces palpitations, et je pense que ça joue sur le succès d’Harley, très associé aux "Good vibrations". Fixation moteur, silent bloc, masse des pistons, du volant moteur, je suis sûr que les motoristes sont capables de les rendre plus ou moins présentes. Dommage qu’on ne les retrouve pas plus souvent, ça donne vraiment un sacré charme à la machine. Charme qui fait d’ailleurs cruellement défaut aux Buell, par exemple (et ils ne sont pas les seuls, loin de là ) !
Fin de la parenthèse "senti de piston". Si t’y es sensible essaye bien la machine avant achat ou passe un peu de temps sur ce site...
Revenons donc à la Fatboy. Sûrement bien chiante à nettoyer y’a des chromes à foison (même le filtre à huile est chromé !). Moteur large et ras du sol, gros pneus (avant en 140, arrière en 200 !), elle reste bien rétro ; pourtant elle est dotée de l’injection et de gadgets comme une clé codée reconnue à distance (comme la GTR 1400 ) ! Plus de contacteur donc mais un simple bouton à tourner avant de pouvoir actionner le démarreur. Je ne sais pas toi mais quand je vois à côté de ça un neimann toujours sur la colonne de direction, je me dis que ça jure un poil.
Commodos Harleyiens, avec cligno droite à droite et gauche à gauche. Ils s’arrètent tout seuls. Petit bouchon de réservoir d’un côté et jauge à essence (peu lisible ) de l’autre. Gros compteur central affichant un bien prétentieux 220 km/h. Une petite partie numérique donne plein d’infos diverses. Leviers non réglables, rétros lisibles. C’est assez joli et épuré, je pinaillerai juste sur les vis du support du guidon, pas très belles. (MAJ 05/09. je suis sûr que c’est fait exprès par Harley pour vendre leurs "cache vis". Quels rats...) Vu qu’on passe notre temps à les regarder c’est dommage. La position est à la cool, confortable je m’y habitue rapidement.
Je déplie la béquille autoblocante (pas con ça), lance le moteur qui s’ébroue avec un claquement sympa et c’est parti.
Le sélecteur est bien bizarre, on doit pouvoir l’actionner d’une façon que je n’ai pas compris. Les poignées que j’avais trouvé épaisses sur
la Softail Deuce ne me choquent pas sur celle-là . Un gros logo Harley est présent sur la pédale de frein. Ca va, on le sait que c’est une Harley !
Frein arrière qui d’ailleurs permet aisément de bloquer la roue, qui couine alors aussi fort que les pneus d’une bagnole ! L’avant a très peu de mordant et la confiance dans les pneus n’y étant pas,
je n’insiste pas. Harley a quelques modèles avec ABS mais ce n’est pas le cas de celle-là . Arrive la virole. Si le chassis est sain (mais les suspensions fermes et sèches), la garde au sol me rappelle de suite qu’on est là pour enroûler, pas pour tartiner !
Si je comprends bien la fiche technique on peut angler de 28° d’un côté et 30° de l’autre.
L’avantage c’est qu’on doit tellement freiner et qu’on passe les virages tellement à l’arrêt qu’on peut profiter des excellentes reprises et sensations du twin cam ensuite...
Mmmm,
C’EST BON  ! Comme je l’ai dit, je me suis régalé à relancer le moteur dès les plus bas régimes. Il reprend sans hocheter avec des sensations géniales très très bas dans les tours, puis semble se calmer à mi-régime et redevient bien expressif ensuite, jusqu’à un rupteur
pas trop violent. Un régal et une injection super bien réglée.
Vraiment, j’ai aimé le moteur. Il faut absolument des pots pour bien en profiter (550 euros, je m’attendais à plus) et on peut prendre une Dyna Glide pour
un peu plus de garde au sol. Dommage que ce moteur n’existe pas dans une vraie partie-cycle, c’est vraiment des burnes chez Buell.
M’enfin vu comme je me suis régalé, peut être qu’un jour (pas trop vite j’espère) moi aussi je m’acheterai une moto de connard friqué.